Mouvement Lao pour les Droits de l'Homme ( MLDH)
Lao Movement for Human Rights ( LMHR)
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En anglais et en français
Paris, le 17 september 2003
Entretien avec le Révérend Docteur Naw-Karl Mua
Mouvement Lao pour les Droits de l'Homme( Mldh) : Révérend Naw-Karl Mua, vous avez été arrêté au Laos le 4 juin 2003, condamné à 15 ans de prison le 30 juin 2003 et, finalement libéré et expulsé du Laos le 9 juillet 2003.
Pourquoi étiez-vous au Laos et pourquoi étiez-vous arrêté ?
Révérend Naw-Karl Mua ( Rév. NK M) : Je suis allé au Laos, parce que c'est mon pays natal et que j'ai encore de la famille. J'y suis allé parce que les mots '' Paix, Liberté, Démocratie, Egalité, etc…'' sont affichés partout, me faisant croire que la République Démocratique Populaire Lao est un pays réellement libre. Quant à la question '' pourquoi j'étais arrêté'', c'est tout simplement à cause de ces mots '' Paix, Liberté, Démocratie, Egalité, etc…'' utilisé seulement comme un leurre. Au Laos, quiconque cherche à comprendre ces mots suivant leur vraie terminologie rencontre de sérieux problèmes. Ce fut mon cas et celui des journalistes.
Mldh : Où étiez-vous exactement arrêté ? Par qui étiez-vous arrêté ?
Rév. NK M : Je fus arrêté sur la route n° 7 à Ban Khai, à l'est de Muong Seui, province de Xiengkhouang, par des gardiens de villages, plus connus comme Kong Lone ( milices).
Mldh : Du 4 juin au 9 juillet 2003, où étiez-vous incarcéré ?
Rév. NK M : Trois guides Lao-Hmongs, payés par les journalistes pour nous guider et moi-même ont été incarcérés à la prison de Phonesavanh tandis que les deux journalistes européens étaient détenus dans les locaux de police de la ville de Phonesavanh. Je pense que nous étions séparés pour deux raisons. La première, parce que les autorités lao ne voulaient pas que des occidentaux découvrent les déplorables conditions des prisons du Laos. La deuxième, parce que les autorités lao m'ont considéré et traité comme n'importe quel Lao-Hmong du pays, ceci malgré ma nationalité américaine. Le 8 juin 2003, nous avions tous été transférés par avion à Vientiane. Nous, les Hmongs étions incarcérés à la prison de Phonetong tandis que les deux européens, une fois encore, étaient gardés dans un local de police de Vientiane jusqu'à la date de notre procès le 30 juin 2003. Après le procès, tout le monde fut envoyé à la prison de Phonetong jusqu'à ce que nous, étrangers, furent libérés le 9 juillet 2003.
Mldh : Combien de temps étiez-vous dans chaque prison ?
Rév. NK M : J'étais emprisonné, en tout, 34 jours. J'étais, en fait, arrêté le 5 juin tandis que mes collègues l'avaient été le 4 juin. Au moment où ils étaient arrêtés, je me cachais dans la forêt et décidais de me rendre au bout de 30 heures.
Mldh : Pouvez-vous nous décrire chaque prison où vous étiez détenu. Combien de bâtiments ? Quel genre de bâtiments : bois, briques, etc…? Combien de prisonniers pensez-vous qu'il y en a dans chaque prison ? Y-a-t-il des cours où les prisonniers peuvent sortir et marcher ?
Rév. NK M : Il y a deux bâtiments dans chaque prison. A Phonesavanh, un bâtiment était pour les femmes et l'autre pour les hommes. A Phonetong, seulement trois cellules sont pour les femmes, le reste ( 17 cellules) est pour les hommes. Tous les bâtiments sont en béton, le sol aussi.
Il devrait avoir, au moins, 120 prisonniers dans la prison de Phonesavanh et environ 90 à Phonetong. Oui, il y a des cours. A Phonesavanh les prisonniers n'ont pas le droit de sortir et marcher. A Phonesavanh, les prisonniers sont enfermés dans leur cellule 23 heures et 30 minutes par jour. Ils sont autorisés à sortir de leur cellule de 9h00 à 09h30 pour vider leur seau de toilette et pour se laver. A Phonetong, environ 70% des prisonniers peuvent sortir et marcher dans la cour dans la journée.
Mldh : Avez-vous été au courant ou avez-vous connu des endroits de ''torture'' ou de ''punition'' dans chaque prison ?
Rév. NK M : Non. Mais je pense que les tortures sont pratiqués ouvertement, au vue des autres. Par exemple, quand les Libériens étaient torturés à Phonetong, c'était devant tous les prisonniers. Tout le monde me parlait de ce fait lorsque j'y étais.
Mldh : Quelle était la dimension de votre cellule (en m²) ? Combien de personnes partageaient votre cellule ? Prière décrire la cellule : fenêtre, porte, ouverture ? Prière donner les détails dans chaque cellule : table, livres, stylos, toilettes, etc…
Prière décrire la nourriture donné : l'heure, le genre d'aliment, etc…
Rév. NK M : Les cellules des deux prisons avaient les mêmes dimensions ( 4x5m). A Phonetong, le maximum de prisonniers dans une cellule est de 6 tandis qu'à Phonesavanh, cela va jusqu'à 10 dans la cellule.
A Phonesavanh, il y a une très petite fenêtre par cellule, ouverte de 6 heures à 17h00. Pas de table, ni livres ou stylos. Il y avait deux seaux dans chaque cellule, l'une pour les toilettes et l'autre pour de l'eau. Du riz gluant de la plus mauvaise qualité est fourni deux fois par jour, le matin et la fin de l'après-midi, rien d'autre.
A Phonetong, une fenêtre ouverte 24 heures par jour donnant la lumière de l'extérieur.
Pas de table, mais livres et stylos sont possibles et …. des toilettes. A Phonetong, un bol de soupe accompagne le riz gluant, une soupe composée de viande de la plus mauvaise qualité et de légumes ( 20% de viande et 80% de liquide).
Mldh : Pouviez-vous parler avec les autres prisonniers de votre cellule ?
Rév. NK Mua : Oui à Phonetong et non à Phonesavanh.
Mldh : Prière essayer de nous donner les détails des prisonniers partageant votre cellule : âge, origine ethnique, la raison de leur emprisonnement. Etaient-ils des prisonniers politiques, étaient-ils arrêtés pour leur religion, leur idée, leur origine ethnique ?
Rév. NK M : Les âges varient de 14 à 70 ans. Le plus jeune est un jeune Hmong sorti de la forêt pour acheter des médicaments en ville à ses parents. En 2001, lorsqu'il fut arrêté, les autorités lao ont automatiquement rajouté 4 ans à son âge afin qu'il ait officiellement 18 ans. Ainsi, il fut condamné à 15 ans de prison. Le plus vieux était un thaïlandais, suspecté par les autorités d'avoir voulu incendier l'aéroport de Wattai parce qu'on l'avait trouvé près de l'aéroport avec un briquet dans la poche.
Mldh : S'il était interdit de se parler, comment communiquiez-vous entre prisonniers, comment les prisonniers sont-ils punis s'ils sont attrapés en train de se parler ?
Rév. NK M : Chuchoter très doucement pendant la nuit. A cause du temps très court, je ne connais pas les punitions. J'imagine, cependant qu'elles doivent être sévères.
Mldh : Les prisonniers des deux prisons avaient-ils le droit aux visites ?
Rév. NK M : Oui. Mais à Phonesavanh, les familles ne pouvaient ni parler aux prisonniers, encore moins les toucher. Quelques familles étaient autorisées de les voir à distance, d'autres pas du tout. Les nourritures et les vêtements envoyés aux prisonniers via les officiers mais nul ne sait ce qui arrive vraiment jusqu'aux prisonniers.
Mldh : Pendant votre emprisonnement, aviez-vous été témoin de tortures ou avez-vous entendu parler des tortures, morts, disparitions dans les prisons ?
Rév. NK M : Oui. Elles sont sauvages et effrayantes.
On raconte des choses horribles sur les tortures de cinq Libériens à la prison de Phonetong. Les officiers de police les avaient battu de toutes leurs forces, utilisant leurs pieds, leurs mains et des bâtons. Les officiers brûlent le corps des prisonniers avec des cigarettes, en particulier dans les parties génitales. Les Libériens ont été si cruellement battus que l'un deux est presque mort et a dû être transporté à l'hôpital. Il n'est jamais revenu de l'hôpital. Les officiels n'avaient pas cessé de mentir et de dire qu'il était rentré à son pays, mais il avait été confirmé qu'il est mort de ses tortures.
Un de nos guides a été tellement battu qu'il a failli mourir. On lui a coupé la plante de ses pieds afin qu'il ne puisse plus marcher. Cependant, Dieu soit loué car il a pu s'échapper de prison et a pu rapporter au monde libre que nous étions arrêtés et emprisonnés. Sinon, le monde libre n'aurait pas été au courant de notre situation et nous serions encore en prison ou déjà morts.
Mldh : Quelles sont les relations entre les gardiens de prisons et les prisonniers ?
Rév. NK M : Une fois que vous devenez un prisonnier, vous perdez vos droits en tant qu' être humain. Toutefois, à Phonetong, grâce à la corruption, quelques riches prisonniers étrangers peuvent travailler et marcher à côté des officiers de police.
Mldh : Quand vous étiez au Laos, avez-vous rencontré beaucoup de Chrétiens ? Vous ont-ils parlé de répressions religieuses de la part des autorités lao ? Si c'est le cas, comment ? Avez-vous des détails ?
Rév. NK M : Oui. J'ai rencontré quelques prisonniers Chrétiens, mais ils n'ont pas voulu me parler de leur foi parce qu'ils n'avaient confiance en personne. S'il advenait qu'ils tombent sur la mauvaise personne, ils seraient persécutés et condamnés pour leur religion, forcés à renoncer à leur foi chrétienne en signant un papier officiel ou forcés à boire du sang d'animal. On m'a dit que, '' les pratiques Chrétiennes devraient se faire en silence et dans le cœur uniquement''.
Mldh : Savez-vous où Thao MOUA et Pa Fue KHANG sont incarcérés ? Quel est leur âge et leur profession ?
Rév. NK M : Thao MOUA a 27 ans et il est cultivateur. Pa Fue KHANG a 33 ans et il est chauffeur de taxi. Parce qu'il sont considérés comme prisonniers politiques, ils sont détenus à la prison de Phonetong, Vientiane.
Mldh : Savez-vous où sont leurs familles ?
Rév. NK M : La famille de Thao MOUA est au KM52, province de Vientiane et celle de Pa Fue KHANG est à Phonesavanh.
Mldh : Leurs familles ont-elles pu leur rendre visite ?
Rév. NK M : Oui. Quand j'y étais, leur famille a pu les visiter, après ma libération le 9 juillet 2003, je ne sais pas si cela a été possible.
Mldh : Avez-vous des messages ou des appels des prisonniers au monde extérieur, en particulier quand ils ont su que vous alliez être probablement libéré ?
Rév. NK M : A la prison de Phonesavanh, Xiengkhouang, 4 prisonniers Hmongs étaient morts entre le 8 juin et le 30 juin 2003. C'étaient les dates où je fus transféré à Vientiane, puis retourné à Xiengkhouang pour le procès. Ils sont morts uniquement parce qu'ils sont Hmongs. Et leurs familles n'étaient pas informées de leur décès. Leur corps ont été enterrés comme des animaux. A la prison de Phonetong, Vientiane, où j'ai passé 30 jours, il y a 5 Hmongs, des hommes venus de Thaïlande pour célébrer le nouvel an avec leurs proches à Muang Fuang, Laos où ils sont arrêtés en tant que prisonniers politiques depuis 1999. Trois d'entre eux furent condamnés à 15 ans de prison et deux pour 20 ans. Quatre savent à peine écrire leur propre nom.
En 2001, deux jeunes Hmongs venus acheter des médicament en ville pour leur famille avaient été arrêtés par les autorités lao. Les garçons avaient 14 ans et 17 ans. Les autorités du gouvernement leur ont systématiquement rajouté 4 ans afin qu'ils deviennent officiellement 18 ans et 21 ans et puissent être condamnés, en tant qu'adulte, à 15 ans de prison, les suspectant d'être des enfants de résistants. Ils sont nés dans la jungle et ne connaissent rien de la politique.
Pourquoi les accuser ?
Personnellement, j'étais arrêté, avec les deux mains et les deux pieds enchaînés pendant trois jours. Les chaînes de mes pieds pesaient 3 kilos et je les avais jusqu'au jour où j'étais autorisé à voir mon Ambassadeur ( le 16 juin 2003). Deux semaines plus tard, mon épouse m'a envoyé une lettre. L'Ambassadeur des US m'a montré la lettre mais les autorités lao me l'ont prise devant les personnels de l'ambassade et je n'ai pas eu la chance de la lire. Une semaine après, l'ambassade m'a donné quelques Lao kips, mais une fois dans la voiture me ramenant à la prison, avant même que j'ai eu le temps de compter l'argent, les officiers me l'ont pris. Bien plus tard, on m'avait dit que c'était 30 000 kips, que je n' ai jamais vu.
Il y a des prisonniers qui sont détenus jusqu'à 21 ans, sans procès. Beaucoup ne sont pas jugés. Personne ne sait combien de temps ces prisonniers vont rester en prison, peut-être toute leur vie.
L'Amour de Dieu et Ses ressources sont extrêmement riches et abondants pour tout le monde. Le problème est qu'ils ne sont pas distribués équitablement aux gens. Nous n'avons aucun tort si nous avons des opinions différentes sur les discriminations raciales, les violations des droits de l'homme et les oppressions politiques au Laos.
Je crois, cependant, que c'est mauvais de
1) coopérer avec l'oppresseur contre les oppressés
2) travailler parallèlement à causer plus de souffrances aux victimes, et/ou
3) garder le silence en de telles circonstances
L' expérience des journalistes européens et la mienne étaient d'avoir appris des deux côtés du problème : les misères des Hmongs opprimés et les cruautés de l'oppresseur, le gouvernement de la RDPL.
Je demande à Amnesty International, aux organisations pour la défense des droits de l'homme, à la Croix Rouge Internationale et aux autres institutions de se rendre au Laos pour apprendre sur les conditions de ses prisons, ses persécutions religieuses et les autres violations des droits de l'homme. Nous avons désespérément besoin de vos aides. Vos appels urgents pour améliorer ces situations alarmantes n'auraient jamais été plus ardemment sollicités.
J'appelle les Nations Unies, les Etats-Unis d'Amérique et l'Union Européenne d'intervenir auprès du gouvernement du Laos pour deux choses :
1) Accorder une entière liberté de religion aux Chrétiens et laisser les organisations humanitaires leur amener de la nourriture, des médicaments et des vêtements
2) Si les Hmongs ne sont pas désirés au Laos, ils ne faudrait pas les exterminer mais les permettre de s'installer autre part avec l'aide des organisations chrétiennes et humanitaires. Sinon, une zone sécurisée est à la fois une nécessité et une urgence.
Je crois que Dieu appelle les Grandes Puissances à faire des actions justes, miséricordes et à marcher humblement avec Lui, pour secourir de la misère et de l'oubli les Hmongs souffrant actuellement sévèrement sous les oppressions communistes. Et ce n'est pas pour l'année prochaine ou pour demain, mais aujourd'hui.